Texte de Fabrice

Lundi 26 mai 2008

1

 

Je dis au chat qui déambule sur le muret que l’automne est encore loin d’arriver. N’est pas encore venu le temps du passage, de l’angoisse, comme celle qui doit saisir les feuilles sur le point de tomber. Nous avons encore le temps, et même une certaine liberté, de profiter des paysages dont la chaleur révèle l’élégance. Je demande au chat s’il veut bien daigner m’accompagner dans mes pérégrinations à vélo. Je voudrais tant que la face du monde respire pour moi et déploie toute son amplitude sous mes roues. Mais pour cela, il faudrait que je me décide à partir, ah oui, partir, partir… Mes hésitations me laissent un goût d’inachevé, comme ces esquisses de dessins encore accrochées aux murs de la bâtisse en ruine. Mais elles laissent aussi intacte ma curiosité. Pour l’instant, c’est le chat qui me regarde avec curiosité. A sa façon, je me sens en suffisance avec moi-même. La lumière environnante qui nous réveille et nous grandit nous rend chlorophylliens. Et nos ombres sont là, tapies derrière le muret. Elles nous ancrent dans le territoire. Nous suivront-elles ou devons-nous rester près d’elles ?

 

 

2

 

En moi, une mer ondoie à l’image d’une marée de sentiments qui a l’apparence de tourments.

Dehors, la mer que je recherche a l’apparence d’une consolation.

 

En moi, un vent me souffle à l’oreille les paroles de Montaigne : ils ont la jeunesse et les forces en la main, et par conséquent le vent et la faveur du monde.

Dehors, le vent m’aguiche en me proposant de disposer de sa puissance.

 

En moi, un soleil me rappelle avec Victor Hugo que les plus sombres d’entre nous ont eu leur aube éblouissante.

Dehors, le soleil déploie malgré tout quelques rayons chaleureux que j’imagine m’être destinés.

 

En moi, une étoile s’échine à briller afin de me rendre brillant mais elle a bien du courage ; du courage, vraiment ?

Dehors, l’étoile qui s’échine à briller parmi tant d’autres a bien du courage ; du courage, vraiment ?

En moi, une tectonique des plaques se produit chaque matin au réveil, me met en branle et en colère car elle veut dire que j’ai vieilli d’une nuit de plus.

Dehors, la tectonique des plaques, qu’elle se manifeste de façon visible ou souterraine, arbore le symbole de la mouvance ; tout n’est qu’imbrication et mouvance.

 

En moi, un magma ne cesse de parcourir mes vaisseaux sanguins, et je redoute le jour où son flux ralentira, cessera.

Dehors, le magma en rut sous la croûte terrestre s’élance vers de nouvelles créations, destructions.

 

En moi, un météorite d’espoir me traverse parfois l’esprit.

Dehors, le météorite, qui s’est écrasé au Yucatan il y a des millions d’années et qui a provoqué la disparition des dinosaures mais sans annihiler l’existence des reptiles, tend à me laisser croire qu’au milieu du pire survit parfois comme un petit espoir.

 

3

 

Malgré le graillon dans lequel ils se traînent, les pieds annoncent au flanc de la montagne que la loi de la pesanteur est bien pesante parfois.

La montagne élève la voix pour dire à la neige qu’elle a bien des chances de trouver ses flancs pour se poser ;

Ce n’est pas du flanc quand la neige se confond en excuse auprès du sol qu’elle glace.

Le sol, en fait, la remercie de le rafraîchir après tant de mois sans pluie.

C’est sans retenue que la pluie s’en prend à la loi de la pesanteur qui n’a pas été assez forte pour la faire tomber.

La loi de la pesanteur gronde son ras-le-bol de se faire toujours conspuer.

 

 

4

 

Le trajet avait été long. Il lui avait paru long. La route, ou plutôt faudrait-il parler de piste, avait été rendue encore plus mauvaise que d’habitude à cause des pluies des jours précédents. Les ornières, la boue, les cailloux et les branchages, le début d’état d’ébriété du chauffeur avaient considérablement ralenti la jeep qui rapprochait Odile du campement des Indiens Mawai-Kawai situé au cœur de la forêt amazonienne. Le chauffeur ne parlait pas anglais ni espagnol, les deux seules langues étrangères qu’avait étudiées Odile. Il ne baragouinait qu’une sorte de dialecte brésilien qui ne sonnait pas très orthodoxe aux oreilles d’Odile. Il paraissait plutôt rustre, sale et antipathique aux yeux d’Odile. Peut-être ce sentiment d’antipathie était-il réciproque : Odile devait paraître bien apprêtée et hautaine aux yeux du chauffeur. Il bruina pendant toute la durée du trajet et la jeep était dépourvue de capote. Le ciel était gris, bas, l’atmosphère chaude et humide, la présence de la forêt et les cris d’animaux se faisaient de plus en plus proches à mesure que la jeep progressait, et tous ces éléments contribuaient à développer un sentiment d’étouffement pour Odile. Mais elle avait appris à rester digne et flegmatique en toutes circonstances. Elle n’avait pourtant jamais fait face à ce type de situation et elle sentait une sensation de malaise et même d’angoisse monter en elle. Elle se demanda vers quoi son escapade allait déboucher. Elle eut le temps de se poser moult questions au cours des longues et pénibles heures que dura le trajet. Elle se demanda même si elle arriverait finalement à sa destination. Tout avait l’air du traquenard, et elle appréhendait qu’il ne se referme peu à peu sur elle, impuissante mais lucide. Mais, pour lors, il s’agissait pour elle de garder son calme et de ne rien montrer de ses angoisses. Elle fut presque tentée d’accepter de boire à la bouteille de téquila que lui tendit le chauffeur à de nombreuses reprises, mais céder aurait été comme un aveu de faiblesse, alors elle tâcha de rester ferme dans son refus.

    La nuit commençait à tomber et tout prenait un air de plus en plus inquiétant. Odile voulut profiter des derniers instants de luminosité pour observer à nouveau le contenu de la boîte qui l’avait amenée dans cette région reculée du monde. C’était une vieille boîte en métal rectangulaire qui contenait une aiguille, tout du moins ce qui ressemblait à une grosse aiguille blanche, et une photo. C’était une photo de masque. Une vieille photo en noir et blanc du début du vingtième siècle, avec les rebords découpés en dentelles. Le masque était porté par une femme indienne en position de danse, et paraissait avoir une taille démesurée par rapport à la stature de la femme. Derrière la photo, une légende : « Masque Ulumaru des Indiens Mawai-Kawai. Le masque est incomplet : il lui manque une aiguille pour être dotée de tous ses pouvoirs ». Odile repensa  à la mission que lui avait confiée son directeur de thèse en ethnologie : « Vous vous rendrez chez les Mawai-Kawai, une peuplade découverte par mon professeur de sociologie en 1931. Vous leur rendrez l’aiguille que je vous confie, que ce cher  vieux professseur leur avait dérobée avant son retour. Tâchez également de résider un moment parmi eux afin d’en rapporter une étude de terrain qui ne manquera pas de valoriser votre thèse ».

    Odile se demanda pourquoi elle avait accepté l’offre de son professeur. Une pointe de regret se développait en elle. Comment avait-elle pu si rapidement basculer du cadre feutré de ses études universitaires, de son cocon de jeune fille préservée des dangers du monde, à cet environnement où tout avait l’air farouche et hostile. Elle l’avait ressenti dès l’instant où elle avait atterri dans la clairière qui tenait lieu d’aéroport à ce village brésilien implanté au cœur de la forêt amazonienne. C’était un de ces villages-frontière marquant la limite entre la forêt vierge et la partie défrichée destinée à l’exploitation industrielle de la terre, afin d’y faire paître du bétail, pousser du soja et du maïs transgénique et toute autre plante pouvant servir à la fabrication de bioéthanol. Elle ne resta pas longtemps dans ce village, en fait jusqu’à l’arrivée de Joao qui devait la conduire chez les Mawai-Kawai, mais elle perçut d’emblée l’atmosphère de méfiance, de défiance, de tension qui régnait. Entre les paysans et les propriétaires fonciers ou leurs représentants ; entre les propriétaires fonciers et les défenseurs de la nature ; entre l’armée et les trafiquants de bois et les chercheurs de minerais précieux ; entre tous ceux-là et les Indiens. Plus de cinq siècles après le début de la conquête de l’Amérique par quelques puissances occidentales, ils dérangeaient encore, ils étaient encore de trop sur cette terre si peu nombreux qu’ils restaient. Odile se sentit projetée dans un univers de far west, tout du moins dans l’image qu’elle avait du far west nord-américain du dix-neuvième siècle. C’était essentiellement un univers d’hommes, d’hommes dont l’autorité reposait surtout sur la force et la violence, où l’hostilité pouvait se lire sur tous les visages, humains, non-humains. Les dents de chaque être vivant avaient l’air acéré pour mordre et déchiqueter, les ongles se muaient en griffes contondantes et venimeuses, les yeux étaient jaunes comme ceux d’un rapace prêts à attaquer, les poils ressemblaient à des lames extrêmement affûtées. Ça ne puait même pas la mort mais la gangrène. Tout tout tout semblait avoir une odeur de pourri tant tout tout tout semblait glauque et répugnant. Les hommes, les bêtes, la nature. C’est beurk. Odile repensa à cette expression qu’elle employait pour désigner quelque chose qu’elle n’aimait pas quand elle était petite. Voilà ce que lui inspirait la région dans laquelle elle avait atterri : du dégoût et de la régression. Son savoir, sa rationalité, son mode de pensée n’avaient plus cours en cet endroit. Elle le savait ; elle le sut dès qu’elle était arrivée. Mais il s’agissait de ne pas le montrer. Elle se raccrocha alors à un inattendu sentiment de supériorité qui naquit en elle, à l’encontre de la morale généralement attachée aux études qu’elle avait entreprises. Elle ressentait cela comme un moyen de préserver une partie de sa dignité d’être intellectuel. Cependant, plus la jeep avançait, plus elle sentait son esprit chavirer, basculer, vers quoi elle n’aurait pas su le définir avec précision, mais ce ne pouvait être que vers le danger de sombres profondeurs.

    Tout à coup, la piste s’arrêta net. Devant se trouvait la forêt. A gauche, la forêt. A droite, la forêt. « Algui, algui », ne cessait de lui répéter le chauffeur en lui désignant la forêt qui leur barrait la route. Odile imagina que cela correspondait au « aqui » espagnol, c’est-à-dire « ici », c’est-à-dire l’endroit où elle devait retrouver un certain Jacques Nayr. Mais elle s’était demandée depuis le début si cette personne existait vraiment car personne n’avait pu lui épeler une orthographe précise de son nom. Ses interrogations étaient confortées par le fait que cette personne, si tant est qu’elle existât, si tant est qu’elle portât ce nom, ne se trouvait pas au lieu de rendez-vous. Elle était sûre de ne pas s’être trompée de date, mais elle vérifia quand même dans son petit carnet. Elle se dit qu’elle était arrivée trop tard et que ce Jacques avait dû repartir pour une quelconque raison. Odile repensa à cette notion d’ « Indian time », l’heure indienne, souvent employée pour désigner et dénigrer le laxisme des Indiens envers la ponctualité, leur notion extensible du temps. Elle était surtout employée pour les Indiens d’Amérique du Nord. Peut-être le rapport au temps était-il encore différent ici. A quoi alors pourrait lui servir sa montre ? À quoi bon alors les calendriers et les agendas ? Les rendez-vous ? La pluie s’était calmée et Joao n’avait pas l’air plus inquiet que ça et commença à installer un bivouac. Il n’avait pas l’air plus éméché qu’au départ, malgré les deux bouteilles de téquila qu’il avait bues. Peut-être que ce qu’Odile avait pris pour de l’ébriété était en fait autre chose, un petit grain de folie, un petit handicap physique, une légère déficience intellectuelle ? Odile avait du mal à trouver les mots pour définir le l’étrangeté du comportement de Joao. Elle sentait bien que les mots se dérobaient ici à son esprit qui les considérait comme inopérants, inadaptés à la circonstance nouvelle. Fallait-il pour autant renoncer ? Abdiquer la pensée ? Le silence, même intérieur, au moins dans un premier temps, permettait à Odile de se composer une dignité. Mais il ne permettait pas de répondre aux questions qui affluaient à son esprit. Une déchirure, un tiraillement, décontenance et déconvenue, vacillement et ébranlement : finalement, les mots possibles pour décrire sa situation n’avaient pas disparu. Penser était encore possible. C’était rassurant. Une interpellation de Joao la tira de ses réflexions. « Gomého, gomého ». Il avait l’air de se plaire à s’exprimer par propos dissyllabiques répétés. Le son « omé » lui rappela l’espagnol « comer », manger en espagnol, et le fait qu’il lui tendait une gamelle confirma sa supputation. Joao avait eu le temps d’installer une tente, d’allumer un feu et de préparer à manger. Une sorte de mixture de haricots rouges et de viande brunâtre dont l’odeur lui rappelait la pâtée des chats de ses parents. Peut-être la viande de ce ragoût était-elle du chat ? Toute incongruité lui paraissait possible dans cet univers en perturbation. Elle goûta, et ce n’était pas si mauvais que ça en avait l’air. Joao ouvrit une bouteille de bière et lui tendit mais elle refusa en montrant sa bouteille d’eau. Il versa alors le contenu de la bouteille dans une casserole pour le faire réchauffer. Odile se souvint vaguement que c’était de cette manière que les Gaulois préféraient boire leur cervoise. Ou cela n’était-il encore qu’un de ces innombrables mythes qui encombraient la connaissance historique ? Puis Joao versa un liquide gélatineux dans la bière en ébullition avant d’y ajouter quelques baies séchées, de diluer le tout, et de le remettre dans la bouteille grâce à un filtre constitué d’épaisses feuilles qu’il venait d’arracher à un arbre. Puis il mit le récipient de côté, en attendant qu’il refroidisse. En guise de dessert, il lui tendit une espèce de pâte noire posée sur une tranche de pain. Après l’avoir vu consommer le même ingrédient, Odile en conclut que c’était comestible. Alors, elle goûta. Ce n’était pas si déplaisant, contrairement aux apparences. Ça avait un goût de réglisse et de clou de girofle. Surtout, c’était très rafraîchissant, et peut-être même apaisant. Elle se sentit mieux après avoir mangé. Joao s’éloigna quelque peu, se déshabilla entièrement puis s’enduisit tout le corps, y compris les cheveux, avec sa préparation à base de bière. Après s’être rhabillé, il revint vers Odile et lui tendit la bouteille, et il mima qu’elle devrait elle aussi se pommader le corps. Il faisait de grands gestes en poussant de petits cris et grognements, qui lui rappelaient Michel Leeb dans une publicité pour des produits anti-insectes. Voulait-il dire par là que cette substance était destinée à protéger des agressions d’insectes ? Il insista face à ses hésitations, et il ne cessa d’insister en répétant son mime sonore jusqu’à ce qu’elle finisse par accepter. Il se couvrit les yeux d’un foulard pour lui signifier qu’il ne la regarderait pas dénudée. Ensuite, Joao lui indiqua d’aller se coucher, ce qu’elle fit sans hésiter. Quand elle se réveilla le matin suivant, elle se trouvait dans le camp des Mawai-Kawai.

 

 

 

 

5

 

Dans le ciel, la mer

Tu la regardes, ils la regardent

Tu ne t’arrêtes jamais trop longtemps de la regarder

Ils ne s’arrêtent jamais trop longtemps de la chanter

La mer te semble dans le ciel

La mer leur paraît dans le ciel

Telle une chanson assourdissante

Qui hurle la liberté

Dans le ciel, la mer vole portée par l’aquilon

Dans le ciel, la mer vole portée par le zéphyr

Tu la regardes d’un œil poète

Ils la regardent avec liberté

Et dans le ciel noir, la lune,

Mignonne lune,

Qui voyage tel un puits dans la mer

 

 

6

 

Dans le ciel, la mer

Tu la regardes, ils la regardent

Tu ne t’arrêtes jamais trop longtemps de la regarder

Ils ne s’arrêtent jamais trop longtemps de la regarder

La mer te semble dans le ciel

La mer leur paraît dans le ciel

Tu la regardes d’un œil poète

Ils la regardent tout en volant

Tu regardes le ciel noir

Et dans le ciel, la lune

Tel un puits dans la mer

Ils regardent la mer

Tel un ciel qui n’a pas disparu

Les cosmonautes qui volent autour de la lune

 

 

8

 

Nager parmi les rougets et un banc de maquereaux

Imaginer que je suis à un atelier d’écriture

Cultiver un jardin en fleurs même dans le désert

Chanter, ou au moins essayer parce que ce n’est pas si facile, on chante si facilement faux

Voyager, mais s’agira-t-il de revenir ou pas ?

Courir puis ralentir puis contempler

Aimer jusqu’à quel point

Courir puis accélérer pour ne plus s’arrêter

Flâner pour penser

Secouer ses puces, des branches, un cocktail, etc, en fait il y a toujours quelque chose à secouer

Faire, oh et puis la barbe, je préfère ne rien faire

Crier dans quel but

 

9

 

C’est un cormoran qui fait sécher ses ailes assis sur le sommet émergé d’un rocher. Il vient de nager parmi les rougets et un banc de maquereaux. Il en a pêché quelques uns aussi. Il faut bien se nourrir, tout cormoran que l’on est. Mais il faut bien se sécher les plumes après avoir nagé. Parfois le cormoran s’imagine dans la peau d’un humain, mais pas de n’importe quel humain. Il s’imagine dans la peau d’un humain à un atelier d’écriture. Ce n’est pas si facile d’écrire. Ecrire, ça pourrait être comme cultiver un jardin en fleurs même dans le désert. Mais l’imagination d’un cormoran ne dure qu’un temps, ça ne peut pas durer longtemps l’imagination d’un cormoran. Flâner pour penser, ça pourrait être la définition d’imaginer. Mais c’est quand même plus une activité d’humain que de cormoran. C’est comme courir. Les êtres humains, ça court, ça court. Ils n’arrêtent jamais de courir. C’est ce que se dit le cormoran. Les êtres humains, ils prennent rarement le temps de nager parmi les rougets et les bancs de maquereaux. C’est pourtant si bon, et nourrissant. C’est une bonne occasion de joindre l’utile à l’agréable. Le cormoran assis sur son rocher s’interroge : qu’est-ce que pourrait bien aimer un être humain ? Est-ce qu’ils aiment vraiment courir ? On dirait en tout cas qu’il faut toujours qu’ils fassent quelque chose, qu’ils soient dans l’action. Quand ils ne savent plus quoi faire, ils se mettent à voyager, et ils en sont si fiers qu’ils le chantent sur tous les tons, qu’ils le crient sur tous les toits. Mais les interrogations d’un cormoran ne durent qu’un temps, ça ne peut pas durer longtemps les interrogations d’un cormoran. Le cormoran assis sur son rocher secoue ses plumes pour mieux les faire sécher. C’est si bon de prendre le temps au soleil les ailes écartées.

 

10

 

La voix qui parle énonce les mots de ceux qui n’arrivent pas à garder le silence. Savoir se faire entendre, ce n’est pas la moindre des évidences.

 

Songe ; la vie est un songe ; Calderón ; Espagne ; époque baroque ; XVIème siècle, ou XVIIème, ou avant ou peut-être après ; à mesure que le temps passe, le passé se perd dans les limbes de la mémoire, et la réalité qui s’éloigne apparaît de plus en plus comme un songe.

 

Miroir. L’envers du miroir. L’envers du décor. Chaque médaille a son revers et chaque personne son reflet. L’altérité contraire ou identique. Quand surviendra la révélation ?

 

Tour : de quel tour parle-t-on ? Le tour ou la tour ? Tour n’est pas un mot épicène. Tour est un mot polysémique. Un tour, une tour, masculin ou féminin, masculin et féminin, tous les opposés complémentaires réunis en un tour de main.

 

Disparaître : oh ben là alors, mon inspiration a disparu. Mais où es-tu passée, muse espiègle ?

 

 

11

 

On dirait que l’été se cache derrière le rideau

Pourtant c’est l’hiver

C’est encore l’hiver

Vendredi 13 mars 2009, 15h15, Saint-Brieuc

C’est encore l’hiver

Mais il fait si bon

Dehors    dedans

Il y a donc un endroit où il fait bon

                          Et peu importe la saison
Par web Léon
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